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Paris inaugure son premier monument aux morts de la Première Guerre mondiale

Paris inaugure son premier monument aux morts de la Première Guerre mondiale
Le monument aux morts inauguré à Paris sera bleu acier, de la même couleur que les uniformes des Poilus. LUDOVIC MARIN/AFP

Pour la première fois, la capitale va inaugurer le 11 novembre son monument aux morts, en hommage aux soldats parisiens tombés lors de la Première Guerre mondiale. Un monument qui a demandé un long travail de recherches.

94 415. C'est le nombre de soldats parisiens morts pour la France lors de la guerre de 1914-1918. La maire de Paris Anne Hidalgo va inaugurer le premier monument aux morts de la capitale en présence d'écoliers parisiens, lors du centenaire de l'armistice dimanche 11 novembre. L'ensemble mesure 280m de long pour 1,3m de haut et est disposé tout le long du boulevard Ménilmontant (XXe arrondissement), près du cimetière du Père-Lachaise.

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La grande majorité des villes et villages français ont vu s'ériger leur monument aux morts durant l'entre-deux-guerres. Partout, sauf à Paris. La capitale française ne disposait d'aucun lieu inscrivant les noms des Parisiens morts pour la France. Une particularité que la mairie veut rectifier en édifiant cette grande stèle horizontale, bleue acier, de la même couleur que les uniformes des Poilus. Les noms y sont listés par ordre alphabétique et date de décès. Le coût total est d'environ un million d'euros.

À l'origine, le projet est porté par le centre d'histoire social du XXe siècle de l'université de Paris I. Il germe au début des années 2000 dans l'esprit du professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université de Paris I, Jean-Louis Robert. Il faut attendre quelques années avant que la ville ne participe au financement, aboutissant à la création d'un monument virtuel en 2014.

«Redonner une identité à ces soldats»

Comment expliquer le retard de la capitale? «Les mairies n'avaient pas l'obligation d'établir de monuments aux morts même si l'État donnait des subventions, raconte Jean-Louis Robert. La quasi-totalité des communes en ont édifié un, mais Paris a renoncé, expliquant que c'était trop cher». Catherine Vieu-Charier, adjointe à la mairie de Paris chargée des questions relatives à la mémoire et au monde combattant, confirme: «Le Conseil de la ville de l'époque n'avait pas les moyens de le faire. Dans une ville petite ou moyenne c'est moins compliqué qu'à Paris».

Églises, écoles, administrations et arrondissements parisiens se dotent toutefois de monuments ou de plaques en hommage à leurs membres tombés pour la France. Mais rien au niveau de la ville elle-même. «C'est aussi parce qu'il y a la tombe du Soldat inconnu, elle a pris toute la place et s'est substituée aux monuments aux morts», précise Isabelle Davion, historienne spécialiste de l'histoire de la guerre et des relations internationales à la Sorbonne.

La flamme éternelle sur la tombe du Soldat inconnu.
La flamme éternelle sur la tombe du Soldat inconnu. JACQUES DEMARTHON/AFP

«Le deuil national l'a emporté, complète Annette Becker, historienne et professeur à l'université Paris-Ouest-Nanterre-La-Défense. Paris était vu comme le lieu du deuil de la Nation tout entière et les monuments construits dans les arrondissements étaient eux pour les Parisiens». À noter également que Paris n'a pas eu de maire de 1870 à 1977, la ville demeurant alors sous l'autorité du préfet de police pendant toute cette période.

Son statut communal particulier contribue au retard de la construction d'un lieu de mémoire, pourtant essentiel,

C'est très important d'inscrire les patronymes, cela rend plus sensible au sacrifice des Poilus.

Jean-Louis Robert, professeur émérite à Paris I

selon Isabelle Davion. «Avec les mitraillettes, les canons, la mort devient anonyme pendant la guerre 14-18 et il faut redonner une identité à ces soldats». Car les monuments édifiés dans les arrondissements parisiens n'ont pas été gravés des noms de leurs soldats, sauf dans le 7e arrondissement. «C'est très important d'inscrire les patronymes, cela rend plus sensible au sacrifice des Poilus», avance Jean-Louis Robert.

Un travail «long et compliqué»

Entouré d'une vingtaine d'étudiants, l'historien a étudié les livres d'or disponibles dans les mairies parisiennes afin de constituer sa base de données. «Une loi de 1923 impose à toutes les mairies françaises de tenir ces livres qui enregistrent tous les morts pour la France», détaille-t-il. Ces livres d'or ne sont pas accessibles au public et sont parfois difficiles à trouver, leur existence ayant été oubliée par certains employés municipaux. Difficulté supplémentaire, celui du 3e arrondissement a même disparu.

Deuxième étape: «Raccorder chacun de ces noms au fichier des morts pour la France répertorié sur le site Mémoire des hommes», pour corriger les erreurs des livres d'or. Inauguré par le ministère de la défense en 2003, il a mis en ligne 1.3 millions de fiches de soldats décédés lors de la Grande Guerre. «C'était très long et compliqué, reconnaît Jean-Louis Robert. Par exemple, les fusillés pendant les mutineries ne sont pas considérés comme morts pour la France. Or, la cause exacte de la mort étant rarement indiquée, certains maires ont inscrit ces fusillés dans les registres». Les doublons sont eux aussi nombreux, des militaires ayant été enregistrés dans différents arrondissements par plusieurs membres de leur famille. «L'une des difficultés principales qu'ont pu avoir les étudiants était le déchiffrage des écritures de l'époque, note enfin le professeur. La belle écriture qu'on avait avant, beaucoup ne savent plus la lire».

Un espace vierge pour les oubliés

Sur le monument, des espaces demeurent vierges pour les oubliés: «Les Parisiens ont la possibilité de nous interpeller si des noms ont été omis. Quand nous avons des demandes, le comité d'histoire de la ville se charge de vérifier», explique Catherine Vieu-Charier. Un formulaire de demande est disponible sur le site du monument aux morts virtuel. Les conditions à remplir: être un militaire tombé lors des combats et domicilié à Paris au moment où la guerre éclate. Une quinzaine de demandes par mois sont présentées.

Le professeur Robert en est persuadé, ces recherches «vont permettre à d'autres enseignants» d'étudier cette histoire pour «ouvrir de nouvelles perspectives». «C'est aussi un moyen d'impliquer les nouvelles générations», se réjouit Isabelle Davion.

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8 commentaires
  • Avatar
    Hérétique

    La ville de Paris devrait commémorer les soldats Parisiens qui tombèrent en toutes les guerres intérieures et extérieures depuis le Moyen Âge.

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    Charles Fortin

    Sous l' arc de triomphe Macron: va faire changer l'inscription, elle deviendra ici repose une soldat européen d'origine africaine mort pour €l'Euro€...

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    drasnam

    quelles nouvelles surprenantes !
    - 95 000 morts parisiens sur 1 600 000 morts Français pendant cette guerre ( sources Wikipédia )
    - En 2018, inauguration du premier monument au mort spécifique 14-18 à Paris !

    Ces informations sont si étonnantes qu'il convient de s'interroger très sérieusement sur le jacobinisme parisien.

    Comme d'habitude, Paris n'a pas payé sa quote-part.

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    Alain PRIVAT

    La flamme de l' Arc de Triomphe en tenait bien lieu depuis 80 ans !

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    JSadblack

    Les aigris demanderont à quoi ça sert, pourquoi on ne s'intéresse pas à une supposée invasion ou à la politique.
    Et puis il y aura les autres, satisfaits de ce travail de mémoire.

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    Jérome Jacquet

    Mieux vaut tard que jamais !

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