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Après le centenaire, les lieux de mémoire veulent continuer d'attirer les visiteurs

VIDÉO - Les territoires français qui ont été le théâtre de batailles historiques espèrent que l'intérêt des touristes, français et étrangers, pour les sites de la Grande Guerre perdurera au-delà des quatre années de commémorations qui se sont achevées ce 11 novembre.

Dimanche, Emmanuel Macron a sonné la fin des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale au terme d'une semaine de pèlerinage sur les territoires qui ont été le théâtre de batailles historiques. Ces départements de l'est et du nord de la France, comme la Somme, la Meuse, la Champagne-Ardenne ou encore le Pas-de-Calais, espèrent maintenant que l'effet «centenaire» ne retombera pas. Car depuis 2014, les sites du «Front Ouest» (champs de bataille, mémoriaux, musées...), dont 33 ont été ouverts ou restaurés pour l'occasion, ont connu une affluence exceptionnelle.

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En 2016, l'année du centenaire de la bataille de Verdun, le Mémorial a accueilli à lui seul 200.000 visiteurs payants, plus de 140.000 en 2017, et 150.000 étaient encore attendus en 2018. Et sur l'ensemble des sites du champ de bataille on compte, bon an, mal an 400.000 à 500.000 visiteurs. Autre lieu emblématique, l'Anneau de la Mémoire, à Notre-Dame-de-Lorette, dans le Pas-de-Calais, inauguré en 2014, qui a accueilli 500.000 à 600.000 visiteurs en moyenne par an. Des sites plus petits ont aussi profité de ce cycle commémoratif. Dans la Marne, le Fort de la Pompelle à Puisieulx, a vu sa fréquentation doubler entre 2013 et 2014, passant de 14.000 à 28.000 visiteurs. En Champagne-Ardenne, certains sites de mémoire ont vu leur fréquentation augmenter de l'ordre de 80 % entre 2013 et 2015.

Des retombées non négligeables

Une affluence qui n'est pas sans conséquences sur l'économie de ces territoires. D'autant que la clientèle a globalement un fort pouvoir d'achat. Une part importante des visiteurs est issue de pays étrangers qui ont participé à la Première Guerre mondiale: Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, États-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande. Une aubaine, donc, pour les restaurants, hôtels et chambres d'hôte. À Verdun par exemple, d'après le directeur de l'office du tourisme, Lionello Burtet, depuis le début du centenaire les visiteurs restent en moyenne une nuit de plus: «On a dépassé les 3 nuitées alors qu'avant on était à 2,1.»

«Le tourisme mémoriel est une richesse qui rapporte aussi des fonds aux territoires»

Joseph Zimet, directeur général de la Mission du centenaire

Si, pour l'heure, aucune évaluation générale des retombées économiques des célébrations du centenaire n'a été publiée, une vaste enquête lancée par Atout France, l'Agence nationale de développement touristique, et la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, doit être publiée début 2019 et devrait livrer un bilan plus précis. Mais déjà, Joseph Zimet, directeur général de la Mission du centenaire, l'assure: «le tourisme mémoriel est une richesse qui rapporte aussi des fonds aux territoires». «Rien que pour la Somme, sur 400.000 visiteurs par an entre 2014 et 2016, les retombées économiques du tourisme mémoriel sont estimées à 30 millions d'euros». Avant le centenaire, le département accueillait autour de 250.000 visiteurs par an.

Il faut dire que les pouvoirs publics n'ont pas lésiné. Dans le cadre du contrat de destination, mis en place par l'agence Atout France pour fédérer les acteurs du tourisme et mieux «vendre» à l'étranger le centenaire, «entre 2014 et 2018 l'État et les collectivités ont investi 150 millions d'euros pour l'ouverture ou la réouverture des sites de mémoire» dans les régions Île-de-France, Grand Est et Hauts-de-France. La région Grand Est, par exemple, a consacré 6 millions d'euros pour subventionner des manifestations culturelles ou des rénovations de sites mémoriaux. À l'étranger, une grande campagne de promotion a été faite. «On a fait des efforts sur l'accueil, la présentation des sites, l'accessibilité. Les voyageurs, qui veulent vivre une expérience qui va plus loin que la visite patrimoniale, sont satisfaits et le transmettent à leurs proches», souligne le directeur général d'Atout France, Christian Mantei. «Ces actions ont permis de promouvoir la destination champ de bataille dans la Somme, une destination a priori pas très touristique», précise François Bergez, directeur de Somme Tourisme. «Y compris auprès des Français qui se sont rendu compte qu'il n'y avait pas que Verdun comme lieu de la Grande Guerre.»

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D'autres publics ciblés

À l'approche du centenaire de l'armistice de la Grande Guerre, tout l'enjeu maintenant pour ces territoires est de continuer à attirer les visiteurs, aussi bien français qu'étrangers, au-delà des quatre années anniversaire qui viennent de s'écouler. «Les équipements comme les flux de visiteurs ne vont pas s'arrêter demain», rappelle Joseph Zimet, de la Mission du centenaire. Ce dernier souhaite faire en sorte que «la région des Hauts-de-France soit à 14-18 ce que la Normandie et ses plages du débarquement sont à la Seconde Guerre Mondiale».

«On s'attend peut-être à moins de fréquentation, mais pas beaucoup moins qu'avant 2014», tempère pour sa part Florence Houvenaghel, responsable communication à l'Office du tourisme de Lens-Lievin (Pas-de-Calais), qui gère l'Anneau de la mémoire à Notre-Dame de Lorette. «Une visibilité particulière a été offerte durant cette période, mais le 11 novembre sera toujours célébré et commémoré, notamment par les touristes étrangers qui vont continuer de venir», assure-t-elle. «Chez les Australiens, Canadiens ou Néo-zélandais, la recherche d'ancêtres est très ancrée. Il n'est pas rare qu'ils organisent un voyage exprès le jour de la mort de l'aïeul décédé sur un champ de bataille. Peu importe l'année.» «C'est dans leur culture» confirme François Bergez de Somme Tourisme, dont les visiteurs sont à 75% étrangers, principalement Britanniques, Australiens et Canadiens.

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Déjà, des efforts sont faits par les sites pour attirer d'autres publics, notamment les jeunes. «Notre objectif, c'est que ça dure! Alors après le centenaire, on va élargir le spectre de notre programme, en proposant des événements plus ou moins liés à la Première Guerre mondiale, explique Florence Houvenaghel. Autour de la photo, de l'architecture par exemple. Il s'agit d'essayer d'apporter un regard plus contemporain sur les conflits en général.» À Verdun aussi, le Mémorial veut continuer à faire venir les visiteurs. Ciblant notamment les adolescents, une application pour smartphone est par exemple en gestation. Plus largement, Christian Mantei, d'Atout France, se dit confiant. «Ces efforts et ces investissements vont payer, car il y a un réel intérêt du public sur les thèmes de la mémoire et de l'histoire, considérés aujourd'hui comme des leviers de croissance». En outre, «l'intérêt pour l'histoire, suscité par le cinéma, la littérature, est de plus en plus fort», assure-t-il. Le souffle de la mémoire devrait donc souffler encore longtemps sur les champs de bataille devenus lieux de recueillement.


20 millions de visiteurs par an sur les sites de mémoire

L'intérêt du public pour les lieux de mémoire est confirmé par plusieurs chiffres. Selon le ministère des Armées, en 2017 les sites de mémoire (musées, mémoriaux) ont attiré près de 12 millions de visiteurs (dont 12% de scolaires et 11% d'étrangers). La Direction générale des entreprises (DGE) précise que la moitié des visites de sites de mémoire concerne la Seconde Guerre mondiale, tandis que les sites liés à la Grande Guerre captent près d'un tiers de cette fréquentation. En comptant en plus les lieux de sépulture des soldats ayant reçu la mention «Mort pour la France» (nécropoles et carrés militaires dans les cimetières communaux), le ministère des Armées estime la fréquentation annuelle des sites de mémoire à 20 millions de visiteurs par an. Enfin, sur le territoire, c'est la Normandie (avec 4 millions de visiteurs annuels) qui attire le plus, suivie de l'Île-de-France (2,2 millions de visiteurs par an), puis des Hauts-de-France et du Grand Est.

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