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Hommage à Pétain : deux mois d'atermoiements à l'Élysée, et une polémique

Hommage à Pétain : deux mois d'atermoiements à l'Élysée, et une polémique
Emmanuel Macron a déclenché une polémique après avoir déclaré que le maréchal Pétain avait été «un grand soldat pendant la Première guerre mondiale». PHILIPPE WOJAZER/AFP

Prévu de longue date aux Invalides, l'hommage aux maréchaux s'est toujours heurté à la figure de Philippe Pétain. La présence d'Emmanuel Macron, un temps confirmée, avait finalement été exclue précisément pour éviter la controverse qui a éclaté mercredi.

Depuis le départ, le sujet était piégé. Comment honorer les maréchaux de la Grande Guerre quand l'un d'entre eux devint par la suite le chef du gouvernement de Vichy? Mercredi, la simple évocation du Maréchal Pétain par Emmanuel Macron aura mis le feu aux poudres. «On peut avoir été un grand soldat pendant la Première Guerre mondiale, et avoir conduit à des choix funestes pendant le deuxième», a déclaré le président depuis Charleville-Mézières dans les Ardennes.

L'exécutif tentait toujours jeudi d'éteindre l'incendie. Emmanuel Macron a dénoncé depuis Maubeuge une «fausse polémique» et un «mauvais procès». La veille, Benjamin Griveaux avait lancé l'opération de déminage. «Aucun hommage ne sera rendu à Pétain samedi. Il n'en a jamais été question», avait assuré le porte-parole du gouvernement. La secrétaire d'État Marlène Schiappa enfonçait le clou: «Le Maréchal Pétain, traître à la patrie, a été condamné à l'indignité nationale. Le Président de la République ne va PAS le célébrer» avait-elle martelé, affirmant que seuls les cinq maréchaux enterrés aux Invalides recevraient un hommage.

Revirement en octobre

Foch, Lyautey, Maunoury, Fayolle et Franchet d'Espèrey étaient-ils vraiment les seuls maréchaux concernés par l'hommage de samedi? C'est effectivement ce que soutenait le 30 octobre la ministre de la Défense Florence Parly, au micro de Jean-Jacques Bourdin. Mais un mois et demi plus tôt, le dossier de presse du lancement du centenaire expliquait précisément l'inverse. Diffusé le 18 septembre, il mentionnait bien l'hommage «aux huit maréchaux» - dont Pétain - et annonçait même qu'il se ferait «en présence du président de la République» Emmanuel Macron.

Extrait du dossier de presse de lancement du programme commémoratif du centenaire de l'Armistice.
Extrait du dossier de presse de lancement du programme commémoratif du centenaire de l'Armistice. Journal Officiel

Il y a donc eu un revirement, intervenu dans le courant du mois d'octobre. Lors du briefing de présentation de «l'itinérance» à la presse, le 18 octobre, on déclare que l'Élysée souhaite un 11 novembre «sans expression trop militaire». Il ne s'agit pas de «célébrer la victoire de 1918», précise-t-on, ce qui provoque une première controverse. Par ailleurs, le nouveau dossier de presse ne mentionne plus d'hommage aux maréchaux avec la participation d'Emmanuel Macron.

En réalité, un tel hommage plaçait la présidence dans une double impasse. Premièrement, impossible d'honorer les maréchaux de la Grande Guerre sans inclure, même implicitement, le maréchal Pétain. Ensuite, cela entrait en contradiction avec l'historiographie actuelle de la Grande Guerre qui oppose l'héroïsme du Poilu aux choix stratégiques contestables de ses chefs.

La cérémonie est finalement cantonnée à sa dimension strictement militaire. Elle est déplacée au samedi 10 novembre et le président n'est plus présent. Il sera représenté par son chef d'état-major particulier, l'amiral Bernard Rogel. L'hommage n'est plus réservé aux maréchaux mais à tous les chefs de la Grande Guerre, «du caporal au général» martèle-t-on à l'état-major. Une façon d'éviter de trop braquer les projecteurs sur la figure du vainqueur de Verdun.

Menée par le chef d'état-major des armées François Lecointre, la cérémonie sera on ne peut plus sobre: prise d'armes avec revue des troupes dans une cour de l'Hôtel des Invalides, prise de parole du général Lecointre, dépôt de gerbe aux cinq maréchaux inhumés sur place. Elle se terminera par une sonnerie aux morts et une minute de silence.

C'est ainsi que l'épineuse question de «l'hommage à Pétain» avait été enterrée... Jusqu'à ce que la confusion ressurgisse mercredi par la voix d'Emmanuel Macron qui a défendu «l'hommage aux maréchaux» et souligné que Pétain fut, «pendant la Première guerre mondiale, aussi un grand soldat». Instrumentalisée par l'opposition et la presse internationale, la controverse entache le cycle des commémorations et risque de transformer cette fin «d'itinérance mémorielle» en véritable chemin de croix pour le chef d'État.

» À VOIR AUSSI - Hommage à Pétain: «il faut reconnaître les vérités de l'histoire mais rester dans notre devoir de mémoire»

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105 commentaires
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    Le président des très riches

    Macron a beau mentir, le mal est fait il voulait honorer Pétain l'être le plus méprisable de France. Macron ne connait rien à l'histoire ou alors qu'il dise franchement qu'il est pétainiste.

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    prapin

    sans vouloir défendre macron,que je ne peux blairer,on en a moins fait envers Mitterrand qui a fleurit Pétain,a été décoré de la Francisque et copain comme cochon avec Bousquet,le livreur de juifs. il est vrai que Mitterrand était de gauche.

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    l'oeil13

    Il faut être bêtement sectaire, pour ne pas reconnaitre la valeur militaire du vainqueur de Verdun.

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    eol77

    Bien qu'opposant à Jupiter, j'estimais que sa déclaration sur Pétain était juste, et que c'était un mauvais procès qui lui était intenté.
    Sa volte-face de mercredi me semblait donc une grave erreur: il avait cédé à la pensée unique et politiquement correcte, et à la polémique politico-médiatique.
    .
    Mais avec le recul, la nature bien plus profonde du problème apparaît: à force de tergiversations de voltes-face, et de mépris pour la chose militaire, Macron gâche complètement la dernière grande commémoration nationale de 14-18. Ce centenaire de l'armistice prend une tournure anti-militariste totalement indigne du symbole que constitue cette commémoration, et de notre devoir de mémoire pour les victimes du conflit (1.4 millions de poilus morts, et 4.2 millions de blessés).
    .
    Or la grande majorité de ces poilus admiraient le Maréchal Pétain, parce qu’il fut l’un des rares, sinon le seul chef militaire, à avoir clairement cherché à épargner la vie de ses troupes, en mettant l’accent sur le soutien logistique (il a organisé le ravitaillement de Verdun via la voie sacrée), les relèves et les offensives ciblées.
    .
    On ne peut pas honorer les chefs militaires de la Grande Guerre, en oubliant le vainqueur de la plus décisive de ses bataille: Verdun.
    Nier son rôle décisif à Verdun, c'est comme nier sa collaboration au régime nazi de 1940 à 1944.
    C'est aussi oublier que si l'Assemblée lui a voté les pleins pouvoir en 1940, c'est justement parce qu'il fut le sauveur de la France à Verdun.

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    Zéro pointé

    Le président "gaffeur" a dû capituler ! Lui qui a échappé au service national doit laisser les militaires décider des commémorations.

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    biton2

    On dirait qu'elle tombe bien cette polémique inattendue sur Pétain ce point Godwyn français. Elle ne touche pas le grand public lambda qui sait que l'affaire est morte et enterrée, aujourd'hui. Par contre, qu'est-ce qu'elle est importante pour les médias macronistes qui l'utilisent comme contre-feu vis à vis des agressions gouvernementales sur le niveau de vie, pourtant beaucoup plus actuel. Bien joué Président.

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    Navroche

    Avec les "Maréchaux", il "ouvre un boulevard" à ses opposants.

  • AvatarAbonné
    0ltariev

    La controverse est d'autant plus forte que les oppositions préfèrent la polémique à la vérité de l'Histoire. Comme on accorde des périodes à Picasso, Pétain a eu les siennes pour finir par la moins bonne qui n'enlève rien à la première !

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    papyMougeot

    l'asile médiatique de ces malades
    est heureuse
    elle a trouvé en cette polémique
    un os à ronger

  • AvatarAbonné
    Orendi

    S'il n'y avait pas eu Pétain, les journalistes lui auraient bien trouvé un bouton sur le nez !
    Toujours négatif, toujours la faculté de blâmer en refusant un éloge flatteur que c'est fatigant et désobligeant pour celui qui fait l'intéressant.

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    Michel SALMON

    Lors de sa condamnation à mort, Pétain a été déchu de son titre de Maréchal. Il ne pouvait donc pas figurer sur la liste des maréchaux à honorer.

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    EM 2017-2027

    Pétain a été probablement le plus proches des poilus de tout le cercle de commandement.
    Nul doute qu'il aurait aimé être enterré avec eux. Personne ne pris autant en compte plus que lui la souffrance des troupes.
    C'est par ailleurs dans cette optique qu'il accepta la capitulation, rappelé de sa retraite et vieillard.
    L'Homme pour lui valait bien plus que des drapeaux ou des frontières.

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    EM 2017-2027

    Les français et l'histoire c'est comme les français et l'économie.

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    lambique

    Mélanger la commémoration de 14-18, les poilus, les maréchaux, les taxes sur le diesel, le pouvoir d'achat, Pétain, la venue de Trump, Poutine etc, donc la politique étrangère, un conseil des ministres, Renaut, peugeot, c'est tout simplement stupide et contre productif, quels sont ses conseillers en communication ??? : des incompétents, ou alors c'est lui seul qui décide, de toutes façons c'est raté!

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    Ouvatula

    Macron ridiculisé avec ce volte-face...Cet homme n'a vraiment pas l'étoffe d'un président !!...

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    adieu

    Banalité de l'ignorance qui rejoint celle du Mal

  • Avatar
    adieu

    Banalité de l'ignorance

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    adieu

    Petite diversion devant les problèmes des français ???

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    adieu

    Prêt à tout pour gagner des voix à l'extrême droite???

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    adieu

    Ignorer l'Histoire est une faute.

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