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Polémique sur l'hommage à Pétain : «Le futur n'efface pas le passé»

Polémique sur l'hommage à Pétain : «Le futur n'efface pas le passé»
Image de gauche: portrait du Maréchal Pétain durant la 1° Guerre mondiale.
Image de droite: poignée de main entre Pétain et Hitler à Montoire, le 24 octobre 1940. AFP / AFP

FIGAROVOX/TRIBUNE - «Respectons les héros et respectons l'Histoire», s'emporte l'historien Michel Goya à la suite d'une polémique à propos de l'hommage rendu par Emmanuel Macron, entre autres, au maréchal Pétain. D'après lui, les trahisons de 1940 n'effacent en rien les mérites du «héros de Verdun».


Tallandier

Ancien officier des Troupes de marine et docteur en histoire, le colonel Michel Goya a publié récemment Les Vainqueurs. Comment la France a gagné la Grande Guerre (Tallandier, août 2018).


Il existe quelque chose qui s'appelle l'Histoire, qui est l'étude et l'écriture scientifique des faits et des événements passés. Et il y a autre chose qui s'appelle la mémoire, qui sélectionne plus ou moins consciemment les faits passés en fonction des stimuli ou des besoins du temps présent. Les deux coexistent mais ne font pas forcément bon ménage. La Grande Guerre en constitue un bon exemple.

Ce que dit l'Histoire est pourtant simple: l'Allemagne déclare la guerre à la France puis envahit la Belgique neutre avant de pénétrer en France. Dans l'esprit de tous les hommes qui sont mobilisés en France, il n'y a guère de doute: le pays est attaqué et il faut «faire son devoir» en le défendant. La lutte est terrible, d'une violence inconnue jusque-là et les sacrifices immenses, mais au bout du compte, les Alliés et en premier lieu les soldats français parviennent à vaincre l'armée allemande et à l'obliger le 11 novembre à signer un armistice qui équivaut à une capitulation militaire. C'est de ce fait aussi, avec un immense soulagement après tant de souffrances, «la paix avant la paix» signée avec le traité de Versailles le 28 juin 1919.

» LIRE AUSSI - Macron crée la polémique en justifiant l'hommage à Pétain

Michel Goya: "Oublier la dimension de victoire militaire de 1918 est absurde" - Regarder sur Figaro Live

Une vieille et toujours influente idéologie en a fait tout autre chose. Son premier objectif était de supprimer toute idée de patriotisme. Depuis la loi de 1798, «tout Français est soldat et se doit à la défense de la Patrie». Concrètement, tous les hommes qui sont partis combattre en août 1914 étaient d'active, appelés ou professionnels, ou de réserve mais ils étaient tous soldats. La cité défendue par ses citoyens, c'est une notion qui devait passer pour incongrue. Ces soldats-citoyens sont donc devenus des «civils que l'on a armés», pour reprendre l'expression de Bruno Roger-Petit, «conseiller mémoire» de l'Élysée. Ces civils sans conscience sont partis sous la contrainte pour un affrontement qui ne les concernait pas, envoyés à la boucherie par des «galonnés» et des politiques planqués à l'arrière. Qu'on ne puisse pas très bien voir le but de ces planqués importait peu ; qu'ils aient souffert également avec 46 généraux, un quart des officiers d'infanterie ou 16 députés tués à l'ennemi, n'était jamais évoqué, ni le fait qu'ils avaient aussi des fils qui tombaient comme les trois du général de Castelnau ou les quatre du futur Président Paul Doumer. Que cette guerre terrible et nouvelle ait parfois été mal conduite c'est évident, 40 % des généraux ont été limogés pour cela avant 1914, et les raisons de leur incompétence étaient nombreuses. Que l'armée française ait connu aussi une spectaculaire transformation, ce qui supposait un minimum d'intelligence collective notamment de nombreux généraux, est encore plus vrai, mais de cela il ne fallait pas parler non plus.

Bien entendu, s'il ne fallait pas parler de patriotisme, il ne fallait pas parler non plus de victoire, des vilains mots qui rendent fiers d'eux-mêmes et seraient incitatifs de la guerre et de la haine, a-t-on encore entendu sur une chaîne de radio récemment par un des idéologues qui a grandement aidé à façonner la manière de célébrer les commémorations. Il reprenait ainsi des slogans de l'entre-deux-guerres, ceux-là mêmes qui ont contribué, entre autres facteurs, à la tétanie devant la montée de la menace nazie car ce n'est pas parce qu'on ne veut pas d'ennemis que l'on n'en a pas.

Comme si l'homme frappé d'indignité nationale en 1945 n'avait pas conservé sa dignité de maréchal obtenue juste après le 11 novembre 1918.

Du désastre de 1940 n'est survenue nulle remise en cause de ce courant, mais au contraire un appui à l'image des «galonnés» toujours aussi incompétents mais aussi désormais pour beaucoup fascistes et collaborateurs. La figure de Philippe Pétain, condamné à mort en 1945 pour intelligence avec l'ennemi et haute trahison, contribuait évidemment à cette disqualification. On se trouvait ainsi sans la possibilité de citer même l'action de Pétain pendant la Première Guerre mondiale, pourtant essentielle à la victoire de la France, sans l'accolement immédiat, certes compréhensible, de son action pendant la Seconde.

Les affres de l' «itinérance mémorielle» (quel mot étrange) après le scandale de la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun, témoigne de la force de cette gangue qui englue l'évocation de l'Histoire en cherchant à en retirer toute fierté. Comme si reconnaître la victoire des poilus le 11 novembre était une incitation à la guerre, comme si parler de patriotisme était militariste, comme si tout cela était incompatible avec l'idée de réconciliation et d'amitié entre les peuples, comme enfin si l'homme frappé d'indignité nationale en 1945 n'avait pas conservé sa dignité de maréchal obtenue juste après le 11 novembre 1918 pour son rôle considérable. Comme si le futur effaçait le passé.

Toute guerre est une horreur, la Grande Guerre a été une grande horreur, raison de plus pour en respecter le récit. Reconnaître simplement le courage, le sacrifice, la force, les efforts en tous genres des combattants de l'époque, de tous les combattants sans exception, respecter les hommes en même temps que l'Histoire est-ce donc trop demander?

Michel Goya
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402 commentaires
  • AvatarAbonné
    cabricole

    N'oublions pas que a l'origine ,avant la polémique , c'est
    L' ETAT MAJOR de l'armée qui voulait honorer les maréchaux
    de 14 / 18 . Cet hommage ne pouvait pas concerner Pétain puisqu'il n'était plus maréchal, De Gaulle l'ayant déchu de ce titre honorifique .

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    eol77

    Bien qu'opposant à Jupiter, j'estimais que sa déclaration sur Pétain était juste, et que c'était un mauvais procès qui lui était intenté.
    Sa volte-face de mercredi me semblait donc une erreur : il avait cédé à la pensée unique et politiquement correcte, et à la polémique politico-médiatique.
    .
    Mais avec le recul, la nature bien plus profonde du problème apparaît : à force de tergiversations de voltes-face, et de mépris pour la chose militaire, Macron gâche complètement la dernière grande commémoration nationale de 14-18. Ce centenaire de l'armistice prend une tournure anti-militariste totalement indigne du symbole et de la vocation de cette commémoration, et de notre devoir de mémoire pour les victimes du conflit (1.4 million de poilus tombés au champ d'honneur, 4.3 millions de blessés).
    .
    La grande majorité de ces poilus admiraient Pétain, parce qu’il fut l’un des rares, sinon le seul chef militaire, à avoir cherché à épargner leur vie, en mettant l’accent sur le soutien logistique (il a organisé le ravitaillement de Verdun par la voie sacrée), les relèves et les offensives ciblées.
    .
    On se doit d'honorer les chefs militaires de la Grande Guerre, et l'on ne peut le faire en omettant le vainqueur de la plus décisive de ses bataille : Verdun.
    Nier son rôle décisif à Verdun, c'est nier sa collaboration au régime nazi de 1940 à 1944.
    C'est aussi oublier que si l'Assemblée lui a voté les pleins pouvoir en 1940, c'est justement parce qu'il fut le sauveur de la France à Verdun.

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    Le Magicien

    Si Pétain n'avait pas collaboré de nombreux français ne se seraient pas égarés dans les rangs de la Collaboration. Son prestige a été mis au service d'une bien mauvaise cause.
    Mais si Pétain n'avait pas collaboré, la France serait sortie de la guerre dans un état bien pire. Un exemple parmi d'autres : en 1945, la France possède 80% de son potentiel industriel d'avant guerre. La Belgique n'en possède plus que 20%. Ses usines ayant été démontées et transférées en Belgique avec les ouvriers qui y travaillaient.
    Le drame de Pétain, c'est, qu'au delà de sa personne ou ses actes, il est un enjeu de pouvoir, lors même qu'il ne devrait plus relever que de l'histoire.

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    Baldric

    Mon grand-père , survivant de la grande guerre, est mort de tristesse , voyant venir une autre guerre pire que la précédente .

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    Alain PRIVAT

    Il faut noter que c'est le CRIF qui a lancé cette polémique totalement injustifiée.....

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    Spinoza2018

    Il est tellement facile de juger l'histoire hors contexte et en en ignorant les subtilités .... tranquillement assis dans son fauteuil confortable fabriqué par des chinois pour Ikea. Un peu de mesure chez certains commentateurs ne nuirait pas au débat.

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    Honorin

    Ce qu'il a fait en 1914 1918 ne peu effacer ce qu'il a fait en 1940 avec les millions de personnes qui ont été raflé par sa milice et qui sont mort dans les camps .

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    Fronde

    J'approuve totalement la position de Michel Goya . On ne peut oublier ou nier les faits historiques. Ceux qui enseignent l'histoire dans les écoles ne peuvent faire l'impasse sur les mérites de Pétain à Verdun et pour le reste de la guerre. Macron devrait faire l'impasse , lui? Quelle absurdité !!!

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    Alpha.Oméga

    Le future n'efface pas le passe... Quelle etrange vue sur les valeurs, la dignite, la justice... Si Hitler avait obtenu des honeurs pour des actes de courages au front de la premiere guere mondiale, quelle importance peut-on accorder a ce fait? Aucune, vue la suite historique. Sans vouloir comparer Petain a Hitler, ses merites (qui ne sont d'ailleurs loins d'une approbation unanime) sont evidemment insignifiantes face a sa lache trahision indigne, ses crimes volontaires et conscients, les souffrances affligees par lui a des centaines de millier de pauvres victimes. La France n'a pas besoins de creer artificiellement des heros qui ne le sont pas.

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    Elad

    Les actes de Pétain en 40 n'enlèvent rien à la valeur de son commandement qui a galvanisé les hommes à Verdun et permis de tenir contre l'enfer des bombardements Allemands.

    Mais la mémoire entretenue de ces glorieuses boucheries doit aussi nous enseigner comment ne pas les reproduire.

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    38gilles

    Mon grand père ,quand il parlait de cette époque , devenait rouge de colère en parlant de tout ces colonels, généraux et autres maréchaux qui les envoyaient à la boucherie , sans aucun état d'âme , et qui en recevaient toute la glloire . Comment de simples soldats qui osaient contredire un ordre ,se retrouvaient en 1ère ligne ou dans une zone indéfendable . Bref , l'histoire est écrite par les vainqueurs et difficile d'en revoir une partie , sans léser ces grands galonés

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    Piglou

    Pour la décharge de Pétain, sans le blanchir de ses actes de 39/45, il faut se rappeler que la génération des survivants de la guerre de 14/18, ainsi que les autres français, n'avaient nulle envie de repartir à la guerre en 40 après avoir enduré toutes les horreurs précédentes et croyaient en Pétain comme le sauveur.
    Mais qu'en 39/45 cet homme, handicapé par son grand âge et entouré de personnages louches, ait dirigé un gouvernement indigne est évident.

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    Kier Gray - Une bonne pipe.

    Comment un général dessaisi de son commandement à Verdun en mai 1916 peut-il être considéré comme le « vainqueur de Verdun » alors que la victoire ne fut acquise qu'en décembre 1916 ?
    Pétain ne voulait passer à l'offensive qu'à la condition de monopoliser l'artillerie française sur Verdun, condition complètement délirante au vu de l'étendue du front qui lui valut sa mise en retrait par une promotion placard.
    -
    Pétain était considéré par Raymond Poincaré et Foch comme un pétochard et un défaitiste, avis partagé plus tard par Clemenceau aussi.
    Le seul moment où Pétain a envisagé un grande offensive contre l'ennemi est à l'automne 1918 alors que la défaite allemande était entendue. Quelle audace, quel stratège !
    -
    Pétain était certes un brave général d'intendance, soucieux de la vie de ses soldats mais n'était nullement un grand soldat ; il n'a jamais été à la hauteur de sa tâche face à une puissante armée ennemie qui voulait la victoire à tout prix.
    Le fait même que Pétain ait été élevé à la dignité de Maréchal est un calcul purement politique, nullement une récompense militaire.

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    twotwo02

    Que ce fut Pétain ou un autre,il y a peu à parier que le résultat fut le même.Le sursaut libérateur ne trouve pas ses sources chez nos élites républicaines ou auprès des petits possédants prêts à tout pour préserver leur pré-carré. Le panache aristocratique ou éclésiastique n'est plus le guide chez les ventre-mous;ils se sont convertis au culte du veau d'or.

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    grouhl

    La science historique rapportant factuellement les mérites du Pétain de 14-18 ne peut justifier d'une quelconque commémoration officielle de la nation qui l'a frappé d'indignité , la seule référence que devrait avoir un président Francais.
    Le militaire De Gaulle meme president peut avoir cette reference sans cultiver la moindre ambiguïté, au contraire d'un Macron qui s'embourbe dans une fausse grandeur et une vraie bévue.

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    christianLL

    Dans le Petain de 14 -18 il y a deja LE Petain de 39 -45. LE pessimiste qu'il etait, aurait coute la victoire en 14 - 18 Mais heureusement il y en avait d'autres qui croyaient a la victoire.

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    christianLL

    Malheureusement il y a toujours dans chaque pays des traites qui se soumettent aux vainqueurs. Petain etait l'un d'eux.

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    louisu

    M. Le Colonel Goya a étudié de près cette grande histoire.
    Sa vision des choses n’est la vision à courte vue de certains car ceux-là ont oublié de prendre de la hauteur...

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    azerty33

    Selon l'historien Jacques R Pauwels, la guerre de 14-18 est la suite meurtrière de la lutte entre ceux d’en haut et ceux d’en bas initiée dès 1789. L'auteur de « 1914-1918 : la grande guerre des classes », enfin disponible en France, démontre que les grandes puissances mondiales voulaient depuis longtemps cette guerre pour s’approprier colonies et autres richesses et écraser une fois pour toutes les idées révolutionnaires qui gagnaient de plus en plus toute l'Europe.
    Ce soir sur TV5Monde il y a un documentaire sur la révolution Suisse de 1918 qui vous retranscrit l'atmosphère de l'époque.

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    Pizzicati

    Il est assez choquant d'entendre dans cette affaire aboyer les émules de ceux qui furent les premiers collaborateurs des allemands sur ordre de Moscou depuis août 1939 jusqu'en juin 1941. (Pacte germano-soviétique)
    Rappelons que le gouvernement Daladier (3e République) a fait dissoudre le PCF et interdire l'Humanité.
    Des sabotages fréquents furent constatés pendant la drôle de guerre dans nos usines d'armement: Des ouvriers pris sur le fait ont été fusillés pour avoir saboté des moteurs d'avions.
    Des munitions envoyées sur le front étaient inutilisables, explosaient prématurément ou n'étaient pas du bon calibre.

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